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ASTRID MONIER

 

Je me suis toujours posée la question de mon orientation. J’ai épuisé conseillères d’orientation, bibliothécaires, libraires, bonnes âmes des différents salons de l’étudiant, et toutes personnes susceptibles de m’éclairer dans mes choix. M’éclairer ? Pas vraiment. Décider pour moi plutôt. Car j’étais incapable de m’écouter dans le vacarme incessant de mes peurs. Peur de ne pas réussir ma vie. Peur de ne pas devenir cet adulte responsable de moi-même financièrement. Peur de ne pas satisfaire les injonctions exprimées ou non de mon entourage...

Impossible de conjuguer tous mes désirs d’étude dans ce système trop compartimenté : étudier les arts plastiques, l’équitation, la mécanique et les maths avec la même intensité ? « Désolé mademoiselle, mais il va falloir choisir, et donc renoncer. » Comment leur expliquer que toutes ces domaines sont intrinsèquement liés pour moi ?

Très bien, soyons raisonnable, j’emprunterai donc la « voie royale » de la filière scientifique. Elle ouvre toutes les portes, non ? Si l’adulte d’aujourd’hui pouvait se pencher à l’oreille de la petite fille que j’étais, il lui dirait que non justement. Que toutes les portes ne servent à rien car elles ouvrent sur l’extérieur plutôt que d’ouvrir sur mon intériorité. Que ma réponse à mon orientation se situe en moi et non chez les autres.

La Vie a été généreuse : j’ai beaucoup expérimenté. J’ai exercé de nombreux métiers qui m’ont permis d’une part d’acquérir des connaissances très diverses et d’autre part de faire des rencontres très riches. J’ai saisi des opportunités suivant mes envies du moment. J’ai papillonné me direz-vous ? Oui et non. Car j’ai œuvré à la découverte de moi-même chaque jour un peu plus. Jusqu’au jour où j’ai laissé l’évidence se révéler : à ma façon je contribuerai à l’émergence d’une société nouvelle où l’enfant est libre de se développer, libre de prendre l’espace et le temps qu’il juge nécessaire pour lui-même.

Fini donc le management, les indicateurs de performances et les formations auprès de mes équipes de vente, fini aussi les études de psychothérapie. La confiance en soi s’acquière par la prise de conscience de sa puissance et la responsabilité de sa liberté. Quel meilleur terrain de jeux que l’école pour cela ?

 

L’éducation, l’école a une présence toute particulière dans mon histoire. J’ai vécu dans une école, ma famille est l’école traditionnelle : il est vain d’y compter le nombre de professeurs des écoles, chefs d’établissements, CPE et autres partenaires du monde éducatif classique. Point commun à tous ? Ce constat sur la violence du système et son impact sur notre société. Je n’ai jamais eu l’envie de participer à ce système si dénigré par ma propre famille. Alors, comment faire ?

À l’été 2015, sur les bons conseils d’un proche, je suis partie voir le film de Clara « Être et Devenir ». Cela fut le début d’une nouvelle révolution intérieure qui m’a amené jusqu’à la philosophie Sudbury. Laisser l’autre en totale autonomie dans ses apprentissages en lui offrant un cadre sécurisant et bienveillant, n’est-ce pas cela respecter l’autre ?

Lui offrir la liberté totale de construire son chemin dans une structure démocratique où le pouvoir est partagé à parts égales, n’est-ce pas là un merveilleux cadeau pour devenir responsable de soi-même ?

Le modèle Sudbury offre le terreau idéal à la découverte de ses passions, éclaires ou vivaces, au questionnement de sa motivation, à l’ennui, ferme, et au choix de sortir ou non de cet inconfort avec le même effort qu’un papillon sortant de sa chrysalide. Oui c’est intense, oui la frustration nous cueille, oui le découragement vient nous titiller. Franchir ce cap, c’est aller à la découverte de soi-même. C’est prendre son pouvoir et sa liberté en main.

 

Je suis arrivée à l’école en octobre dernier remplie de tous ces savoirs théoriques et tout à fait sûre de ma capacité à ne pas tout contrôler. Que d’illusions !

Le Conseil de Justice (CJ) et l’informel au sein de l’école ont été de grands révélateurs sur moi-même. J’ai voulu me charger de responsabilités, le CJ est intervenu pour y mettre le holà. On a une vision souvent effrayante du CJ. Pourtant cet organe cœur de l’école est un grand lieu d’apprentissage. Nous nous confrontons au cadre et à nous même. Il nous permet d’évoluer et de faire évoluer ce cadre.

Ces premiers mois à l’école m’ont métamorphosée. J’ai fait un travail énorme de lâcher prise. Aujourd’hui je n’interviens plus dans la vie des membres s’ils ne me sollicitent pas. J’ai appris à respecter leur choix, à me questionner : « Si cette personne avait mon âge ou plus, quelle serait ma posture ? » La vraie remise en question, j’ai la découvre chaque jour un peu plus. Je sens que c’est parfois difficile pour moi de tenir le cap, de ne pas intervenir quand le mal-être de l’ennui sort des pores de notre structure. En pourtant je garde confiance, j’ai cette croyance ancrée que c’est maintenant que tout se joue.

Cette foi en ce modèle m’amine et je ressens une immense gratitude d’être un témoin privilégié de ce mouvement de liberté qui est en marche.